voir la page de son expo de 2010 avec Nicole BARBE-HATUEL Geneviève PHAM ou l’imaginaire florissant Il y a des révolutions intimes, des révolutions sans feu ni sang où l’être, enfin rendu à lui-même, cherche des réponses aux affects qui le parcourent anarchiquement. Alors, on ne voit plus que les trous dans les mailles d’une vie trop bien tricotée. A cet état de crise, l’art – et la peinture en particulier – peut parfois apporter sa réponse. Quiconque a un jour pris les pinceaux, écrasé des tubes de couleurs sur une palette, sait quelle liberté on peut éprouver devant une toile blanche. Cette école est celle qu’a suivie Geneviève Pham. Loin de sacrifier indéfiniment aux modèles académiques, ou chercher à retrouver un peu de son enfance vietnamienne dans la réécriture complaisante des stéréotypes exotiques, elle a préféré lâcher la bride à son imagination et inventer ses propres figures. Le résultat est dans ces sarabandes chamarrées, ces entremêlements de lignes et de formes qui donnent à ses tableaux cette vivacité joyeuse, ce caractère universel où chacun peut retrouver un peu de ses propres mythes. Figurative mais visionnaire, sans réel à reproduire, Geneviève Pham invente en toute innocence des créatures hybrides, des visages cryptés ou peinant à se dégager de son propre magma psychique. Souvent, sa toile devient le lieu de rencontre, sinon de fusion, des règnes végétal, animal et humain dans un esprit de concorde quasi-paradisiaque. Chez elle pas d’échelle de grandeur ni perspective : la peinture en aplat est la règle et l’on a pu, à juste titre, rapprocher son art de celui de Chagall. Si ses motifs nous surprennent, ils ne nous agressent jamais. Ils sont d’ailleurs servis par une gamme de coloris tirant vers le pastel, où dominent les rouges, les roses et les jaunes, harmonieusement sous-tendus par des tons moins vifs, comme les bleus et les verts. Il faut également noter le soin méticuleux qu’elle apporte à ses fonds, inlassablement travaillés et retravaillés, subtilement nuancés. Une continuité, tant stylistique que thématique, parcourt cette œuvre qui, loin d’être achevée, manifeste déjà toute son originalité. Au final, Geneviève Pham nous offre une leçon de joie créatrice que chaque spectateur est invité, par le regard et par l’esprit, à prolonger subjectivement. Jacques LUCCHESI, critique d’art - 2011 accueil www.ateliercln.net |